Deux ans après la mise en évidence de taux circulants élevés de ghréline chez les patients présentant un syndrome de Prader-Willi (SPW) (1) . et toujours pas d’explication ! Plus décevant encore, les résultats des différentes études sont discordantes !

Les taux circulants de ghréline sont élevés dans ce syndrome associant une obésité secondaire à une polyphagie et un trouble majeur de la satiété, un syndrome hypothalamique complet (déficit en hormone de croissance, hypogonadisme, troubles de la thermorégulation) des troubles de l’apprentissage et du comportement et un syndrome dysmorphique (yeux en amandes, lèvres supérieure fine, acromicrie).

A la différence de ce qui est retrouvé chez les patients obèses qui ont des taux abaissés comparés à des sujets contrôles et/ou minces, chez les patients SPW les taux de ghréline n’étaient pas corrélés au BMI (2-3). Une étude récente (4) réalisée chez des patients coréens ne confirme pas ces données et rapporte des taux inversement corrélés au BMI comme chez les sujets normaux. Néanmoins, il s’agit ici de taux de ghréline mesurés sur 24 heures alors que la majorité des études se réfère à des taux à jeun (1-3).

Au cours du nycthémère les valeurs élevées sont autant celles des pics sécrétoires que celles des valeurs « basales ». De plus il faut préciser qu’il s’agit d’un petit nombre de patients (n=5) ayant des âges variables. Des études précédentes avaient également permis de montrer que les fluctuations pré et post prandiales de ghréline persistaient chez les patients SPW.

Les relations existant entre cette hyperghrelinémie et la faible sécrétion d’hormone de croissance chez ces patients ne sont pas complètement élucidées. Nos résultats (3) sont en faveur, mais il s’agit d’une hypothèse, d’une résistance à la ghréline au niveau hypothalamo-hypophysaire. En effet nous avons retrouvé des taux élevés de ghréline chez des enfants non obèses présentant un déficit en hormone de croissance secondaire à une malformation hypothalamohypophysaire (syndrome d’interruption de tige pituitaire) suggèrent que cette résistance à la ghréline pourrait être secondaire à un dysfonctionnement hypothalamo-hypophysaire.

Par contre les taux élevés de ghréline ne sont pas suffisants pour expliquer l’obésité des patients SPW. Ceci vient d’être confirmé par la publication du phénotype non obèse des souris dont le gène de la ghréline a été invalidé. Par ailleurs lors du congrès de l’Endocrine Society de la Nouvelle-Orléans il a été rapporté que les souris Sma-1 ayant une masse grasse augmentée et un taux abaissé de GH sont porteurs d’une mutation du gène de la ghréline. Pourtant l’injection intracérébro ventriculaire chronique de ghréline chez l’animal entraîne une augmentation pondérale et une obésité qui persiste après l’arrêt (Endocrine Society – congrès Nouvelle-Orléans).

Une dernière publication (5) attendue depuis l’étude préliminaire rapportée en 2003 (6) utilisant la somatostatine en perfusion de 5 heures abaisse les taux circulants de ghréline mais n’entraîne pas une diminution significative de l’appétit chez quatre patients adultes. Ces données confirment l’effet inhibiteur de la somatostatine sur les taux de ghréline mais d’autres protocoles devraient être mis en place utilisant en particulier des analogues d’action plus prolongée.

So what ? . A obésité complexe, physiopathologie complexe justifiant la poursuite des recherches physiopathologiques et thérapeutiques.

Références

1 – Cummings DE, Clement K, Purnell JQ, Vaisse C, Foster KE, Frayo RS, Schxartz MW, Basdevant A, Weigle DS. 2002 Elevated plasma ghrelin levels in Prader Willi syndrome. Nat Med. 8 : 643-644
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2 – Haqq AM, Farooqi IS, O’Rahilly S, Stadler DD, Rosenfeld RG, Pratt KL, LaFranchi SH, Purnell JQ. 2003. Serum ghrelin levels are inversely correlated with body mass index, age, and insulin concentrations in normal children and are markedly increased in Prader-Willi syndrome. J Clin Endocrinol Metab. 88 : 174-178
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3 – Tauber M, Conte Auriol F, Moulin P, Molinas C, Delagnes V, Salles JP. 2004. Hyperghrélinemia is a common feature of Prader-Willi syndrome and pituitary stalk interruption : a pathophysiological hypothesis. Horm Res. 62 : 49-54
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4 – Paik KH, Jin DK, Song SY, Lee JE, Ko SH, Song SM, Kim JS, Oh YJ, Kim SW, Lee SH, Kim SH, Kwon EK, Choe YH. 2004. Correlation between fasting plasma ghrelin level and age, body mass index (BMI), BMI percentiles, and 24-Hour plasma ghrelin profiles in Prader-Willi syndrome. J Clin Endocrinol Metab. 89 : 3885-3889
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5 – Tan TM, Vanderpump M, Khoo B, Patterson M, Ghatel MA, Goldstone AP. 2004. Somatostatin infusion lowers plasma ghrelin without reducing appetite in adults with Prader-Willi syndrome. J Clin Endocrinol Metab. 89 : 4162-4165
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6 – Haqq AM, Stadler DD, Rosenfeld RG, Pratt KL, Weigle DS, Frayo RS, LaFranchi SH, Cummings DE, Purnell JQ. 2003. Circulating ghrelin levels are suppressed by meals and octreotide therapy in children with Prader-Willi syndrome. J Clin Endocrinol Metab. 88 : 3573-3576


Source: Maité Tauber (CHU de Toulouse)- 13-09-2004 site endocrino.net
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