L’objectif de cette revue est de faire la synthèse des leçons tirées des études sur le déficit en hormone de croissance (GHD) à propos des relations entre hormone de croissance (GH) et principaux facteurs de risque (FDR) cardiovasculaires.

Mortalité cardiovasculaire :
Les adultes ayant une insuffisance anté-hypophysaire (IAH) non-substituée par GH auraient une mortalité augmentée, par excès de décès de cause cardiovasculaire. Ce risque semble plus marqué chez les femmes. La seule étude prospective récente réalisée a confirmé l’excès de mortalité par cause cardiovasculaire chez des patients ayant une IAH, mais malheureusement, dans cette étude, l’axe somatotrope n’a été que rarement évalué. Cependant, un excès de mortalité a également été rapporté chez des patients ayant un GHD isolé. De plus, une étude publiée en 2004 laisse suggérer que le traitement par GH protégerait les adultes ayant une IAH, de l’infarctus du myocarde (IDM) fatal.

Athérosclérose :
Les adultes ayant une IAH avec GHD ont plus de plaques carotidiennes et fémorales que les témoins. Ils ont également une épaisseur intima-média (IMT) augmentée (qui est un facteur prédictif indépendant d’IDM chez l’homme), des carotides plus rigides et une moindre distensibilité aortique. Le GHD est associé à une diminution de la synthèse de NO, probablement en partie car l’IGF1 a un effet stimulateur direct sur la synthèse de NO. Cependant, comme dans le GHD le déficit en IGF1 est inconstant, il est possible qu’il y ait un rôle direct de la GH. Lors de traitements substitutifs par GH, la synthèse de NO redevient similaire à celle des témoins, il existe une diminution très nette de la progression de l’IMT, ainsi qu’une amélioration de la fonction vasodilatatrice de l’endothélium.

Marqueurs inflammatoires cardiovasculaires :

  • Homocystéine : les résultats concernant le taux d’homocystéine dans le GHD sont contradictoires. Il est retrouvé augmenté ou normal selon les études, alors que certains retrouvent une faible diminution après traitement par GH.
  • CRP : une récente étude chez des patients GHD a retrouvé des taux de CRP dans le quartile supérieur. Ces taux sont associés avec un risque de survenue d’IDM multiplié par 3 et d’accident vasculaire cérébral (AVC) multiplié par 2. La CRP diminue chez 50% des hommes traités par GH, de un ou deux quartiles. Cependant chez 30% elle diminue sans changement de quartile et chez 20% elle augmente.
  • Fibrinogène et PAI-1 : une étude récente a montré que les GHD adultes, qu’ils soient traités ou pas, avaient des taux anormalement élevés de fibrinogène, qui diminuaient significativement après 12 mois de traitement par GH, bien qu’ils restent anormaux. Une autre étude a retrouvé une diminution de PAI-1 après 2 ans de traitement par GH. Cependant, les mécanismes ne sont pas élucidés et on ignore si ces améliorations sont associées à une diminution de risque cardiovasculaire.

Morphologie cardiaque :
Les jeunes adultes avec GHD ont une diminution de la masse du ventricule gauche (VG), une diminution de la fraction d’éjection (FE) du VG, des anomalies du remplissage diastolique du VG. Il est également parfois retrouvé une diminution de l’épaisseur du mur postérieur du VG et du septum inter-ventriculaire (SIV). Une étude a retrouvé, après 6 mois de traitement par GH, une amélioration de la FEVG, de l’index cardiaque, de la masse du VG et une diminution des résistances vasculaires périphériques. Cependant, 6 mois après l’arrêt du traitement, il y avait un retour aux valeurs pathologiques de base. Il est probable que la réponse la meilleure soit observée chez les GHD les plus sévères, avec les taux les plus bas d’IGF1. Une récente méta-analyse a confirmé l’effet positif significatif du traitement par GH sur la masse du VG, le SIV et le diamètre diastolique du VG (pas d’effet sur les paramètres systoliques).

Composition corporelle et métabolisme lipidique :
Toutes les études retrouvent une augmentation de la masse grasse (MG) abdominale (viscérale), une diminution des masses maigre (MM) et musculaire, une augmentation du cholestérol total (CT) et du LDL-c, chez les patients GHD. Quelques études retrouvent également une augmentation des triglycérides (TG) et une diminution du HDL-c. Les modifications du profil lipidique chez les GHD peuvent expliquer en partie le sur-risque coronarien, surtout chez les femmes. De plus, les études épidémiologiques ont bien montré une augmentation de la morbi-mortalité cardiovasculaire associée aux anomalies de la composition corporelle telles que celles observées chez les GHD. L’hypercholestérolémie semble diminuer lors d’un traitement court par GH, alors que cet effet est perdu lors d’un traitement à long terme. Concernant les TG, IGF1 et GH semblent tous deux impliqués dans leur métabolisme, mais de façon différente. Une étude publiée dans le même numéro du JCEM montre que le traitement par GH chez des femmes ménopausées ayant une obésité abdominale permet d’améliorer certains paramètres métaboliques. Les questions restent de savoir si ces améliorations sont corrélées à une diminution du risque cardiovasculaire et si ce traitement est supérieur au respect des règles hygiéno-diététiques.

Métabolisme glucidique :
Il a été démontré que les adultes GHD présentaient une insulinorésistance. Le traitement par GH aggrave cette insulinorésistance dans un premier temps, puis il y a un retour aux valeurs initiales après 3 mois de traitement. L’effet à long terme, lui, reste controversé.

Effets de l’âge de début du GHD et du sexe sur le risque cardiovasculaire :
Concernant l’âge de début du GHD, on sait qu’il existe des différences entre ceux pour qui la pathologie a débuté dans l’enfance et ceux pour qui elle a débuté à l’âge adulte. En revanche, en ce qui concerne leurs réponses au traitement par GH, on ne sait presque rien. En ce qui concerne le sexe, le profil de risque cardiovasculaire est pire chez les femmes GHD, mais les bénéfices du traitement par GH sur les paramètres métaboliques semblent supérieurs chez les hommes. Il est possible que les différences viennent du fait que pour des mêmes doses de GH, les hommes ont des valeurs d’IGF1 supra-physiologiques, alors que les femmes atteignent des taux d’IGF1 physiologiques. Il est possible que les stéroïdes sexuels influencent la capacité de la GH à stimuler IGF1. Cependant, la réponse au traitement, en terme de fonction cardiaque, est la même dans les deux sexes, laissant suggérer des sensibilités différentes des tissus à GH/IGF1 selon le milieu hormonal local.

Conclusion :
Le GHD organique correspond à un profil de haut risque cardiovasculaire, partiellement réversible sous traitement par GH. On constate en effet une amélioration de certains paramètres comme la composition corporelle, l’hypercholestérolémie, la morphologie cardiaque ou l’athérosclérose. Pour d’autres paramètres, comme les triglycérides ou l’insulinosensibilité, les résultats sont contradictoires. De plus, les effets du traitement par GH semblent varier en fonction du temps d’utilisation. A terme, il est certain que le profil de risque cardiovasculaire sera le reflet de l’équilibre entre les différentes actions, plus ou moins bénéfiques, de la GH. Même si les résultats intermédiaires sont encourageants, on attend encore les preuves définitives que le traitement par GH diminue la mortalité cardiovasculaire de ces patients et la nécessité d’études prospectives bien conduites est évidente. Enfin, il sera intéressant d’évaluer l’implication du GHD sub-clinique ou fonctionnel (comme observés lors le vieillissement ou dans l’obésité) dans l’augmentation du risque cardiovasculaire.


Source: Clinical review: Growth hormone and cardiovascular risk factors.
Gola M, Bonadonna S, Doga M, Giustina A. Endocrine Section, Department of Internal Medicine, University of Brescia, 2 Medicina-Spedali Civili, 25125 Brescia, Italy.
J Clin Endocrinol Metab. 2005 Mar;90(3):1864-70. Epub 2004 Dec 7.

Publication : 08-04-2005 site endocrino.net

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