Hormone de croissance contaminée: l’association Grandir reporte la faute sur France Hypophyse

L’avocat de l’association Grandir, Me Jean-Elie Drai, a accusé jeudi France Hypophyse de lui avoir fourni des informations erronées, lors du procès de l’hormone de croissance contaminée.

« C’est une association de bonne foi qui se retrouve en porte à faux de façon injuste », a déclaré Me Drai.

Il a expliqué que Grandir, association de parents d’enfants traités par l’hormone de croissance créée en mars 1979 et qui s’est constituée partie civile dans ce procès, avait été « instrumentalisée » par les prévenus et s’était « attiré les foudres à la fois des prévenus et des parties civiles ».

Plusieurs familles de victimes ont accusé l’association d’un manque de soutien, de ne pas avoir fait suffisamment d’information sur la maladie, voire d’avoir caché des informations et d’avoir fait pression sur les familles pour qu’elles ne portent pas plainte (cf dépêche APM FBLE5003).

« On a menti à l’association Grandir (…) L’association a reçu une information mensongère et l’a diffusée aux familles », a affirmé Me Drai. L’avocat a accusé France Hypophyse, et plus particulièrement son responsable le Pr Jean-Claude Job, d’avoir utilisé l’association pour diffuser de fausses informations.

Dans les années 80, le Pr Job était à la fois président de France Hypophyse et président d’honneur de l’association Grandir, rappelle-t-on.

L’avocat a affirmé que l’association Grandir avait « tout fait pour les familles » et qu’elle était notamment à l’origine des protocoles d’Etat qui ont permis l’indemnisation « rapide » des familles.

Il a expliqué que cette association, financée par des subventions de l’Etat (15.000 euros annuels) et par des dons, avait connu une « perte importante » des cotisations suite au départ de « nombreuses familles » donatrices lorsque l’affaire a éclaté.

« Ce sont des ressources en moins pour faire progresser la recherche », a souligné l’avocat.

INDEMNISER LES PREJUDICES

Me Jean-Elie Drai, qui défend, en plus de l’association Grandir, cinq personnes ayant reçu des lots d’hormones contaminées (dont trois sont décédées), a demandé jeudi au tribunal une indemnisation des préjudices liés aux homicides involontaires et à la tromperie aggravée.

Selon lui, les protocoles d’indemnisation de l’Etat n’ont pas réparé l’ensemble des préjudices, notamment moraux et patrimoniaux.

« L’aide humaine des parents qui ont dû prendre sur leur temps -parfois ont été obligés d’arrêter leur travail- pour assister leur enfant malade dans la vie courante n’a pas été prise en compte dans le protocole », a affirmé l’avocat, allant dans le même sens que d’autres avocats de parties civiles.

Il a demandé en outre une indemnisation pour le « préjudice permanent exceptionnel ». Cette qualification correspond à des évènements rares, comme des catastrophes naturelles, et tient compte du caractère exceptionnel d’un phénomène.

Concernant les accusations de tromperie, Me Drai a estimé qu’il avait été porté « atteinte à l’intégrité du consentement » des patients et que les victimes avaient été confrontées à « un risque majeur » du fait de cette tromperie.

« Ce qui a trompé les familles, ce sont les discours rassurants », a expliqué l’avocat, soulignant que les familles s’étaient fiées à la renommée de l’Institut Pasteur et ont eu confiance en un réseau de distribution de l’hormone organisé par les hôpitaux publics.

Il a accusé les prévenus d’avoir « violé les obligations de sécurité », déplorant en particulier « les conditions désastreuses » de la collecte des hypophyses.

Un autre avocat de parties civiles, Me Antoine Ricard, a affirmé lui aussi que « le point central de ce dossier était les conditions de la collecte », puisque « les risques liés à la collecte d’organes ou de glandes sur le cerveau étaient identifiables » au moment des faits dans les années 80.

Un autre avocat des parties civiles, Me Michel Mizrahi, a affirmé que les erreurs commises par les prévenus étaient liées à leur « ambition personnelle » et à leur « manque d’humilité ».

« On a laissé passer l’ambition personnelle en avant, au détriment de la sécurité de centaine de patients », a-t-il déclaré.

Plusieurs avocats ont estimé que la responsabilité et le rôle du Pr Jean-Claude Job était central dans ce dossier, plus que pour les autres prévenus.

Les plaidoiries des parties civiles se poursuivront vendredi avec celle notamment de Me Gisèle Mor, avocate d’un grand nombre de victimes.

co/fb/APM

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COLEF002 15/05/2008 18:47 ACTU


Source: 1989-2008 APM International
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